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Gaz de schiste

Présentation

Les gaz de schiste deviennent un objet majeur d’exploration et d’exploitation de la part des compagnies pétrolières et gazières. En attestent la multiplication des dépôts de permis de forages exploratoires (en France en général et en Rhône-Alpes en particulier). De leur côté, des associations de citoyens et de riverains relativisent de plus en plus le bénéfice économique attendu des gaz de schiste : ils se mobilisent, craignant que les incidences des techniques employées - principalement la fracturation hydraulique - ne viennent créer des problèmes environnementaux ou de santé publique. La fracturation hydraulique est une technologie mature utilisée depuis une cinquantaine d’années. Les conséquences qui lui sont associées sont connues des compagnies exploitantes, cependant les conditions requises pour une dissémination publique des connaissances demeurent délicates en raison de l’échelle concernée ainsi que de la temporalité de la manifestation des effets et de leur intensité ; ces connaissances sont d’autant plus difficiles à diffuser que certaines informations restent inaccessibles car protégées, pour le moment, au titre du secret industriel. C’est par exemple le cas de la composition des fluides de forage utilisés pendant la phase de fracturation hydraulique.
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Aux Etats-Unis, les gaz non-conventionnels fournissent une partie importante des ressources naturelles depuis une décennie et ont fait chuter le prix de l’énergie, permettant une ré-industrialisation du pays. Certaines études y ont été menées et montrent que la technologie d’exploitation par fracturation hydraulique, utilisée aussi pour d’autres types d’exploitation de ressources souterraines (géothermie et aquifères profonds), a des conséquences mesurables sur l’environnement au point d’éveiller sérieusement l’attention du gouvernement.

   

En outre, dans les régions où l’exploration et surtout l’exploitation des gaz de schiste ont été engagées, les communautés locales attestent de nombreux désagréments dont les impacts sur la santé publique méritent d’être étudiés.

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Le nombre d’études scientifiques sur les gaz de schiste provenant de la communauté académique est resté faible depuis les trente dernières années; cependant depuis 2007 ce nombre est en forte croissance et le débat scientifique avance. Cette tendance apporte l’espoir de pallier la faiblesse des connaissances et informations dans le domaine public, faiblesse qui rend difficiles la définition de normes environnementales et les conditions d’une surveillance indépendante.

La systématisation d’une technologie exploratoire suscite de la part des pouvoirs publics la mobilisation d’un double principe : précaution et responsabilité. De son côté, le secteur industriel pétrolier avance ses propositions d’exploration sur la base d’un autre double principe : certitude (au sujet des procédés d’exploration) et maîtrise (des incidences).

Les expériences existantes d’exploitation des gaz de schiste appellent à acquérir des connaissances nouvelles afin de mieux prendre en considération l’émergence de risques environnementaux et technologiques. Ceci nécessite une recherche sur les incidences déjà observables dans les régions où l’exploitation a été engagée. Par ailleurs, ces nouvelles études permettraient également d’envisager des implications en matière de droit de l’environnement en général, voire des conditions juridiques liées aux conditions d’exploitation du sous-sol.

gaz de schiste


Sur le volet technologique, au moins quatre thématiques scientifiques sont identifiées.

1) Une évaluation des expériences internationales d’exploitation des gaz de schiste. Elle suppose de faire un bilan de l’existant :

  • modalités d’exploration et de mise en exploitation des sites,
  • conditions juridiques, réglementaires et législatives de mise en exploitation,
  • incidences déclarées par les populations ou les communautés qui se déclarent affectées par l’exploitation (avec évaluation de la nature des problèmes identifiés),
  • réponses des pouvoirs publics des Etats concernés face aux problèmes environnementaux ou aux suspicions suscitées par l’exploitation : définition de normes et suivi des sites d’exploitation par des organismes indépendants,
  • modalités et techniques utilisées par les entreprises d’exploration et d’exploitation (avec évaluation de l’impact environnemental) et modalités de mise à disposition du public des données environnementales mesurées;
  • méthodes utilisées pour produire les effets de levier (ex. lobbying) dans la prise de décision d’exploration et d’exploitation.

2) Dans un contexte de pénurie d’eau annoncée, et notamment d’eau potable, alors que le refroidissement des réacteurs des centrales nucléaires crée des interrogations (et parfois des inquiétudes) récurrentes, que les besoins des populations urbaines, de l’irrigation agricole, de la branche de production hydroélectrique sont en hausse constante, l’utilisation d’importants volumes d’eau dans la phase de fracturation hydraulique doit être questionnée sérieusement :

  • D’où cette eau serait-elle extraite et à quels usages cette eau sera-t-elle soustraite ? Quelles concurrences et quels arbitrages ?
  • A quel coût sera-t-elle vendue aux entreprises d’exploration ou d’exploitation ?

Ces deux interrogations supposent une recherche sur les ressources en eau et l’évaluation des marges de manœuvre en termes de captage et d’approvisionnement. En prévision d’une exploitation :

  • une partie sera non récupérée : que devient cette eau ? Où migre-t-elle ? Dans quels milieux va-t-elle pénétrer ? Quels contaminants (naturels ou chimiques) va-t-elle véhiculer ?
  • pour la partie récupérée, il sera nécessaire de la recycler du fait de la teneur augmentée en sels et métaux initialement présents dans la roche et du contenu d’additifs chimiques. Comment recycler de tels volumes d’eau ? Quels seraient les coûts et l’efficacité d’une filière de recyclage à mettre en place ?

3) Les liquides de forage utilisés pour la fracturation hydraulique contiennent des additifs chimiques dont le relargage dans l’environnement souterrain et de surface peut poser des problèmes environnementaux.

  • Est-il possible d’éviter les fuites des fluides de forage? Quels sont les incertitudes sur les solutions envisagées?
  • Quels moyens sont mis en œuvre pour assurer un suivi des compositions chimiques dans les aquifères et les rivières ?

4) A plus long terme, comment éviter les fuites de gaz vers les aquifères, et quand elles ont lieu, comment assurer un contrôle indépendant ?

  • Comment assurer le suivi des puits de forage et de l’état de leur cimentation?
  • Comment détecter des fuites de gaz suffisamment tôt ? Quelles seraient les conséquences sanitaires et environnementales de ces fuites ? Quelles solutions seraient mises en œuvre ou anticipées ?
  • Comment est engagée la responsabilité de l’exploitant en cas de fuite de gaz ? Qu’en est-il de la responsabilité des collectivités locales ?

5) Indépendamment du processus de fracturation hydraulique, dans les régions ayant une sismicité active connue existe la possibilité de déclenchement de crises micro-sismiques dont les effets en surface peuvent avoir des conséquences néfastes sur les infrastructures.

  • Comment suivre le développement de l’activité micro-sismique induite ?
  • La prise en charge (financière, économique, assurancielle) des crises sismiques potentielles doit-elle être assurée par les pouvoirs publics ou par les entreprises dont l’activité aurait produit une augmentation de la sismicité ?

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